mercredi 10 juin 2015

( étude )





Sebastien ne s'etonna pas de cette peur apparu dans son camp.
Au contraire il en meprisa d'autant plus les Maures,
(comme on sait que ceux là sont prompts par nature à susciter
le dénaturement des affections et tendresses banales )
voyant leur attaque sans effet, malgré qu’ils en aient ;
alors qu’à bien considerer les faits
leur prompt débinage était par beaucoup rassurant
que la fuite des siens l'intimida  d’autant moins
que leur prompte retraite l’assura d’avantage
que la fuite des siens ne le troubla plus que pff, bah  bof
que leur attaque, à bien s’ébaladir les mirettes,
ne valait pas tripette et restait sans effet
qu’à se la jouer balèzes ils n’étaient qu’éphemères
qu’à se vouloir la ramener ils n’étaient que fumée
que vu de notre face du dé, c’était tout le contraire
que c’était du marqué, du construit, du solide,
du permanent, du nivelé, du rivelé, du droité, du marqué,
qu’il suffisait de ne pas se laisser attendrir par le langoureux minois de l’apparence
lequel aurait voulu faire croire que ses hommes,
à Sébastien, s’étaient taillé, dispersé, évanouis, nuée volatile,
alors que ma non et du tout !
que prompte et fière retraite, témoigne de bonne évaluation des facteurs,
maitrise de soi, victoire sur l’ennemi authentique de l’homme
l’orgeuil et la vanité,
que ils avaient été capable de ne pas se laisser démolir par un revers
que lorsqu’on se laisse surprendre par l’orage,
on serait bien sot de ne pas désirer s’en abriter
et le faire si on peux
même sous une couverture de feuillage  si c’est tout ce qu’il reste
qu’il vaut mieux coucher que mourir
que l’on est plus proche de la boue que de la foudre,
que nous l’avions compris,
que les maures, méprisables, n’allaient pas manquer maintenant de se croire
arrivé si près du terme de leurs méprisables ambitions
qu’ils n’auraient plus qu’à ceuillir les fruits de la victoire
et se couronner de pampres et de lauriers,
de toutes espèces de quoi ces gens se couronnent,
qu’ils n’avaient plus qu’à tendre la main,
eh bien c’est là justement qu’on allait les attendre,
lorsqu’ils se croiraient si assurés de vaincre
qu’ils ne croiraient plus qu’ils leur fassent encore se garder ;
quand déjà amolis par une trop précoce confiance
ils abbaisseraient leurs défenses, ils se rendraient ainsi vulnérables
à la colère des hommes de Sébastien,
que, quant à eux, leur supposé défaite aurait enragé,
enflammés d’un doux désir massacre tire triper vengeance.





deux petites narrations


 ( deux petites narrations ( extrait de --- ) )



L'armée des soldats de terre salue le char funéraire:
L'allée des animaux conduit à la nécropole.
On reconnaît l'hippopotame, la girafe, le lion, le python, l'aigle, le griffon, le garuda, le dragon.
Les ossements blancs précèdent la chambre des tombes.
Aucun voleur n'a jamais osé violer l'obscurité des lieux; aux os fins d'un poignet, ma soeur me désigna un bracelet d'or incrusté de pierres rouges. Ce sont des femmes, elle a dit, et j'ai reconstitué l'agonie des servantes.
Des signes trop anciens pour nos mémoires.
Ceux-ci ont tant aimé la guerre, qu'ils la voulurent pour l'éternité.
Dans un coin, le minuscule squelette d'un singe, encore vêtu de sa tunique noire et or.
Nous étions fatigués, moi et ma soeur. Nous avions froids, nous étions écoeurés maintenant.
Je sais qu'elle aurait aimé parler, mais je ne voulais pas l'entendre.
Je songeais à des populations inconnues, d'un seul coup envolées de l'autre côté de la perception.
Mais ceux-ci ne connaissent que l'épée et les routes.
Ils ont fendu un sillon d'échec pour l'humanité.
Il a fallu sortir. De la baie d'un arbuste, j'ai frictionné les gencives de ma soeur.
Plus tard, devant la maison où nous avions loué une chambre, un enfant nous a servi, dans une minuscule tasse de terre, un thé noir et amer.
Toute la nuit j'ai gardé les yeux ouverts dans la faible lumière des étoiles,
et quand l'aube lacteuse est venue animer les formes, je me suis assoupi.




---


Une autre fois, j'ai habité à cheval.
C'était une plaine immense, brûlée par le soleil et le gel.
J'avais sur la tête un casque très plat.
Tôt le matin, levant le camp, nous laissions derrière nous l'odeur du lard passé,
du crottin et des cendres de feu.
Je me nourrissais d'oignons crus, de lait de jument.
J'aimais: trotter autour des chariots ( femmes et enfants ), fier,
parfois galoper loin de la troupe et des bruits,
devant ou sur les bords,
dans cette plaine qui ne s'achève pas.

Nous détruisions en chemin quelques villages.
C'était simple comme le chat sous la tente, près du poêle.
Idiots éventrés, paysans pendus aux crochets de leurs boucheries.
Quelquefois, je pris une femme en croupe.
Puis, plus tard, je la laissais, forme vacillante, émouvante,
dans la vastité des collines. Je la regardais en partant.

Nous nous heurtions comme une vague, aux murailles des villes,
partout nous incendions, églises, animaux.
Nous avons essayé de ne rien oublier.
Un art gracile nous accueillait,
beau comme un rêve de vierge,
les plombs et les ors des fresques fondaient à la chaleur de mes torches:
ah ! c'était beau !

Mais j'ai dû abattre mon cheval.
A l'instant de lui porter le coup, il s'est débattu,
je me suis couché sur lui, je lui ai mordu l'oreille,
c'est à l'échine que je l'ai frappé.
Il n'est pas mort tout de suite:
il s'est relevé en tremblant, je l'ai frappé et refrappé,
il hurlait, ses pattes splendides battaient dans l'air, vers moi,
il m'envoyait des jets de salive sur le visage, la poitrine, les bras.
Qui n'a pas tué ignore le plaisir.

J'en ai gracié une, qui m'a montré le poing, et son nom: Yi.

Un matin, je l'ai frotté
à la rosée glacée qui blanchissait les herbes,
tout le jour elle a couru, nue et folle
à côté du chariot. Le soir,
elle m'a frappé des poings, je l'ai
jeté sous la tente, je l'ai gardé
pour servante et pour femme.






mercredi 3 juin 2015

l'énigme




l'énigme maintenant !
rabachée par ma sybille

depuis ce gaz que je ne dis pas:

si le vin est vin —

le vent, les mouches -
gardent férocement enchainés
le reste

mais c'est toi
maintenant
de l'autre côté

qui m'attend
la main ouverte

pour que j'y pose
ma question




je dois te dire



je dois  te dire,
Emmanuelle

puisque trahison fut
trahison est

à toi en toi l'or ( le mot
plus orfèvre que le métal
poudre à l'image de )

et persistance persiste

les mirages de toutes figures
résumées dans l'eau du fleuve
qui les répète et fond encore
offrant aux crépuscules du monde
des brasillements d'une cigarette
l'or ! l'or !

la géode miraculeuse, o juteuse
brêche de tous lieux et jours
réssucitée à chaque fois

— que trefilée par un regard
supraconducteur
à l'interne de moi
tu y étais

(alors que sur la voie
vers l'horizon des lignes d'étain et d'épée
              l'orichalque
et le nitrate d'argent
s'égosillent pour le soleil couchant puisque )

puisque ce sont ces lieux que chante le chant

et tu étais telle:
ronde et orgue
fiancée du roi de coupe
sans forme rose d'orange
chaude
oui





lundi 1 juin 2015

où s'en va cette pensée





I


où s'en va cette pensée, elle va comme un galop boiteux, dénoué
à petits pas de rate gravide d'une poignée de ratons roses,
ils rongeront, entrelacés dès la naissance, le lait d'angoisse,
et moi, les hautes montagnes tapissées de neiges spirituelles —

car si je me tiens tout contre l'épouvantable mendiant baveux
sous la côte enragée du supermarché, quand il pleut froid,
face au manequin dont Casanova s'éprend —
accompagné, puis délaissé, au camp de base, par les costumes aux doigts si fins
comme les pattes incroyables des araignées d'eau —
un même souffle nous rive au port commun: l'eau languide balance les barques.
Reins adossés aux planches rougeâtres,
sur les ponts les mangeurs tirent leurs verres,
les ponts zébrés de fils d'acier.

Le premier souffle nous ligote et le second - le second délie,
en lui je me dresse, pieds-joints dans la tourbe noireaude —
Aux moyeux s'emportent dépouilles et rubis
et les brâmes et les feulements des adolescents
ivres-morts sur les quais —
Lentement, en tournant, en planant
gravit la pulsation opiniatre des passions
depuis les profondeurs inframarines
jusqu'aux esquisses des gibets, l'eau tremblante.



II

où s'en va cette pensée, elle va comme un galop boiteux —
Folle du roi ou Reine des mesures discrètes, la Sagesse,
cul par dessus tête, grelots, colifichets, sceptres et marottes,
abdique...  Toutes prérogatives ! La fête est fraiche,
mais elle au bois dormant s'est éveillée
- on aime assez la barbe de Marx
et celle de Friedrich Engels pas mal aussi,
mais la barbichette de Trotsky est douteuse, vraiment, et pas un poil au menton
du président Mao !  -
de son lourd sommeil dogmatique,
soudain par le magique geste magistral
d'un histrion au doigts jaunis de nicotine:
quand il a extirpé de la manche de sa vareuse une petite poule
chaperonnée d'un capuchon de plastique transparent !
L'animal, tout ridé et tout nu, s'est enfui aussitôt...
en gigotant ses moignons d'ailes comme un grand orateur,
vers les bornes du quai, tandis qu'à deux brasses de là
les lampions pendent, accordéons rapiécés —

ils filent rapides comme des épingles sur l'eau
swinguant à cause du clapot - autour des coques.


III


De leur brouillard de pétoncles grillés, ils trinquent —
ils penchent ! les baves sèchent sur les lattes du pont;
dans le vent, les violons d'un orchestre,
un orchestre minuscule, un orchestre de lutins, mille ans !
Comme: - moi aussi, je veux être embrassée !
Puis: - ma culotte ! rend ma - culotte !
Et encore: - C'est la bouche d'un bonhomme que je veux !
ou le tintement essentiel du triangle sous l'orchestre à la fin de la 9ième —

Ils projettent sur les faces des mangeurs
des écrans de couleur là où leurs yeux s'ouvraient:
âmes sans face, formes sans formes...Golem in a nuts...


mardi 26 mai 2015

et cependant dessous la tente




et cependant dessous la tente
les rossignols les tiens hantent de fluides les sucs les tiens
le vent s'est renversé comme la corolle d'une fleur impétueuse
immense dessus la canadienne que j'ai planté
à l'arrivée hier au soir à l'orée mais claire d'un bois
comme d'au seuil d'une caverne rituelle
pour notre halte
c'est là que le tendre air qui vibre s'est fait frais de bleuets

là mon ongle a conçu  sur ton ventre des ponts et des routes
ou bien c'était sur ton épaule chaussée de tes chairs
alors que vacillaient boutons et chandelles
puis qu'indulgente battait comme un pissenlit imbécile
sur la toile de l'intérieur la toile de l'extérieur
- c'était l'été, une arrivée: c'qu'on s'en foutait
des toiles bien lissées ni de tentures métaphoriques !
— et fendent les bourgeons comme des éclairs fossiles
au travers de nos claies les tiens nos mains —

toi à moi pressés deux pis jumeaux
au ventre chaud d'une chevrette égarée
je m'éprouve je crois bien tout à fait comme alors

Vite, vite ! Qui disent qu'elles sont passées ? Quoi ça passées ?
Vite ! Ah ces ruchiers où les mémoires bourdonnent
peu à peu acharnées à filer affections, émotions
pour s'en nourrir pendant la saison ultérieure.
Passés ? peut-être dorment-elles affairées à rêver
touchers et naissances, esprit et fleurs-de-sel
dans l'oeil, le tien, toujours, le bel aujourd'hui ! 
où je voyais parfois te revenir après comme un fantôme
ou bien sortis vers quelque dehors populeux ceinturé haut
pour trainailler l'enquête alentours dans les grands extérieurs
embauchés par la Dame Riche Héritière au Manteau Bleu,
dont le front se couronne de tores plasmatiques,
( volcans d'eau d'Encélade ses yeux, ses narines jeunes terroirs de Miranda ) ­—
esprits-de-vins, tambour d'eau - prestes, subtiles, fluides, déliées -
os - coquilles d'abondance - toutes ces images
qui patientaient dans tes yeux qui ne les avaient pas encore vu ?

Mais l'homme seulement se rêve coquille d'un rêve
tandis que nos mains invincibles toujours et encore ritournellent —
puisque jadis elles manivellèrent pour nous Fortunes et Sourciers
dans notre tente merveilleuse -
là urtiquèrent nos aravis, là nos criquets crécellèrent:
"par petit soldat de plomb donnant,
par petite princesse de papier"
oh! oui je pardonne une fois de plus je pardonne je pardonne !
tout ce que l'on voudra —
et l'araignée, et la fourmi, vers les hauts arceaux d'herbe,
escaladèrent leurs galets,  les crêmes et, par l'air, par le feu,
sous le soleil enfin démocratique,
touchèrent aux marches de cristal aux dômes des palais de la cité heureuse  —



jeudi 21 mai 2015

qui regardait les ombres







pour toi
qui regardait les ombres
( qui pliait le cou de côté 
à chaque petit enfant )
très belle amour
je planterai — des herbes —  ( une à une )
jusqu'en faire une prairie
— ( qui si sauvage sera qu'elle sera)
à chaque fois
très belle amour
la toute première du monde.

et les ombres sur le mur mûrissaient
( et les enfants )
à chaque fois
( riaient ).

ou une colline lente
( parfumée aux fleurettes
sauvages et crevettes )
comme celles où nous avons
accru
diverses sortes de plaisirs

ou un tertre  ( inimaginable )
sur tes membres et regards ( impensables et )

( vivants ) vivants. 








au campanile

(...)



. Au campanile chaulé
ahanent les aiguilles
de même un masque de rien aurait été plaqué
absorbant tout
sur une des pierres que j’ai dit
au second commencement de mon poème :
    
( les mots de là-bas s'y lèvent encore,  empêtrés pieds-joints
jurés comme des champs remaniés ces vieilles bornes affectées
que le vert chaos des armes assaille: ce qu’ils disent,
je le rappelle pour le promeneur assez heureux de ses entrailles
pour qu'il aille et frôlent ses doigts détendus comme maître en ses terres
les sommités des flammes, profuses de graines, ces miens vaporeux testaments:

ils voulaient dans le dur inscrire
l'image  de ce qui fuit ....
la fuite du minéral, mais dans le minéral
... que le granit avoue sa soie-grège
que l'opaque dénonce ses pancréas
... que la pierre témoigne de sa nature ignoble
... la dissolution qui la constitue  ... )
    
. Au point qu’on ne peut ni savoir ni douter
que vrai soit vrai ou faux soit faux
- et rien, encore moins, des aléations intermédiaires -
car tout chute empêtré dans le voile derrière les yeux
qui donne désir de voir sans jamais satisfaire


 [ Récits de Diego ]

Et aussitôt pour la traîner jusqu'à l'eau je n'ai pas ménagé mes efforts.
La joie que j'ai eu à la voir s'enfoncer dans la mer, belle et gaie, il me semble que je l'éprouve aujourd'hui comme elle était avant tant je m'en souviens clairement. C'était la promesse que me faisait la terre nouvelle. Alors me remontrant que de même que cette tortue avait été si empêchée sur la terre qui n'était pas son élément naturel et si agile dans l'océan ( on aurait dit un oiseau libéré tant elle était gracieuse et puissante dans sa fuite vers le large ) qui était son élément naturel, je serai empêché par mon armure, puisque l'état de guerre ne l'est pas, mais libre d'aller et venir sans sa charge, en l'état de nature, puisqu'il l'est, mon élément naturel, je veux dire, comme étant celui de tous les hommes fils d'adam, je décidais de rejeter mon armure et de ne plus jamais la porter, quelqu'en soient les dangers. Et c'est ce que j'ai fait, aussitôt, sans réfléchir plus loin comme je fus toujours accoutumé à me comporter sans différer l'action au delà du temps nécessaire à la décider. Je suis ainsi bâti pour le bien ou le mal qu'il m'en a valu de n'avoir jamais été du clan des tergiversants. C'est à ce point de mon arrivée que je veux faire commencer mon histoire, puisque ce fut là, pour moi comme pour certains de mes compagnons parmi les plus chanceux véritablement le début d'une vie nouvelle, au point que de ce jour où nous accostâmes nous fumes souvent d'accord lorsque nous en reparlions au repos pour l'équivaloir non seulement à seconde naissance, mais comme de celle-ci s'étaient ensuivis tant de faits tant inédits qu'imprévisibles et bienfaisants, il nous semblait réellement que ce qui l'avait précédé, à savoir l'intervalle entre notre première naissance et le jour de notre abordage, se trouvait pour ainsi dire perdu dans l'indifférence de l'ignorance d'une vie antérieure parfaitement oubliée si bien que cette seconde naissance était en réalité bel et bien désormais l'unique qui nous la soit. Or maintenant que nous en sommes à l'âge où s'avisent les forces à décliner, étant désireux comme il va de soi selon le coeur de laisser de mes oeuvres un souvenir afin que ceux qui nous succèderont prennent exemple sur le bon qu'elles recèlent sans manquer toutefois d'en rejeter les fautes et manquements ( car nous fûmes chrétiens ), à savoir pour leur instruction et également pour le plaisir qu'ils auront comme nous en avons aux récits des anciens, j'ai prié mon cher ami Pedro de bien vouloir, m'excusant pour la peine que cela lui occasionne et du temps si précieux que j'ôte à ses importantes occupations, de bien vouloir donc de noter par l'écrit de que je lui dicterais de mes mémoires, car en ce qui me concerne je suis pour ma part assez parfaitement illettré, ne possédant aucunement l'art des lettres pourtant le plaisir que j'eu toujours à en écouter, en poèmes, en contes et en récits, quoique rien selon moi ne vaille l'intérêt aux pièces de théâtre qui sont la seule chose que je regrette de ma première existence en Espagne surtout les fantaisies de Calderon et de Lope. C'est un art excellent, le théâtre, autant pour le plaisir et le soulagement des passions qu'il procure que pour l'instruction et la vertu morale et civique qu'il distille, et je croient ces vertus si fortes que même les farces, grotesqueries, clowneries et autres grimaceries de la scène pourvu qu'elles soient assaisonnées de quelques bons mots pour rire je les respecte de tout coeur et les encourage vivement.
Où en étais-je. Mais il n'est pas besoin de savoir écrire, qu'il en soit besoin n'est pas l'affaire mais le fait est que sans lettre je suis né, sans lettre j'ai vécu, sans lettre je quitterai cette vie.
Tu as bien tout écrit ?



. Tel entre deux draps rêches
l’homme et la femme s’embaisent approximatifs
dont s’exsude, de l’extase des fibres,
la fine lumière qui règne sur les mondes,
    
toi qui habite habituellement
dans l’envers de tes passions méconnues,
paysan ! quand tu retournes du coin de terre
d’où tu as extirpé les âpres serpents de ronce,
    
il te reste encore à offrir les articulations
de la parole sise vibrante enfouie luminescente
secrète
aux multiples chitineux rampants hoquetants trébuchants sautelants



[chroniques amérindiennes ]

nos deux villages vivent dans la peur l'un de l'autre.
ils ont une arme qui empoisonne l'eau des singes, et fait rêver les hommes de telle façon qu'ils se croient les guerriers d'un monde qui n'a jamais existé.
c'est une arme qui change en froid les feuilles
déchausse les racines et les transplante en muscles.

Nos femmes se rasent les poils du pubis:
elles ont d'enfonce en enfonce le goût du cercle et l'amour de la cendre.
elles savent nouer leur chevelures oblongues
aux chaînes de l'âtre: les longs bras gris des enfants-femmes enroulés en calice symboliques aux bras longs et gris des mères cendrées font signe et sens pour ceux qui savent déchiffrer les indices du destin dans les formes floues des empreintes dans la cendre.
Les femmes donnent aussi du plaisir à ceux qui ne savent pas.

Le poison de l'ennemi place racine en muscle chez le mâle.
C'est un poison qui mélange l'ordre du monde, qui brouille le sens en le transplantant là où il ne convient pas, en insistant de telle manière que l'on pourrait croire que ça a du sens.
Et ça en a en effet mais partiel et non total, comme un canal a du sens mais n'explique pas la mer.

car on ne pourra jamais totalement les empêcher
d'être celles par qui l'avenir procède.
Les sages leurs ont inculqué d'enfance en enfance
le goût du cercle et de la cendre;
le convenable et l'indécent,
plaisir à nouer leurs longues che
velures
aux chaînes de l'âtre

les longs bras gris enroulés en calices symboliques
aux bras longs et gris des mères cendrées
forment signes et sens pour ceux
qui savent lire les indices que le destin
aime cacher dans les empreintes aléatoires des formes floues.

Après restent toujours les plaisirs de la fente
pour lequel elles sont biologiquement appétantes
hélas. Les nôtres sont globalement bonnes
mais on ne peut totalement garantir que soit extirpé d'elles de a à z
toute tendance virile: le poison de l'ennemi
en muscle chez le mâle
vous savez en quoi il se grime chez la femelle,
leur nature est de jalouser.
Putains de salopes de moules feulantes:
putes, putes, elles se donnent à qui elles veulent.
Nous coupons la chatte à l'ennemi
pour pas que ça s'étendre au delà de l'anneau des cendres le mal,
et après, c'est la confusion qu'elles vectorisent et la ténèbre s'engendre sur la terre entièrement,
et ils arrivent châtier les démons d'outre-monde de la mer sur notre terre divine,
feux et terreurs, feux et terreurs.
Quand la prophylaxie insuffit:
le code des sages a édicté également des sanctions pénales
rudes pour l'exemple:
flagellations ( le cul, les seins ! ),
crucifixions ( elles ont  aimé s'ouvrir, n'est-ce-pas ? )
lapidations  ( on les enfonce dans le sable et on dégomme sur les yeux )
pour désorienter l'ennemi
et parce qu'il est de nécessité humaine
de se réjouir ensemble, surtout en temps de guerre.
Cette guerre ci, nous allons la guerroyer et vaincre,
afin de la chanter ensuite en longs poèmes
tous ensemble en rondes nos amoureuses aux beaux sourires,
nos bambins chéris, avec les flûtes et les tambours: nous danserons !

(...)





lundi 18 mai 2015

Quand le vent unique







Quand le vent unique quand il se fait multiple —
à l'affront des hautes petites branches
quatre lèvres deviennent deux elles mâchent
elles parlent ce qu'elles taisent
elles fondent le sceau dedans son encre.

Partie à l'oreille de toutes —
toi - avec les serpents - évanouie au fond de la route des pluies
sinueuse, serpentine,
alors moi aussi
par là
me suis tendu - en vain:

une dent pour rogner la corde
en vain: seulement encore
entendre
ce qui là vient - de là à là, tant le silence
tendu qu'il lui croit des lèvres pour baiser la parole -
la tienne, si trahissante qu'à la tienne pourrie:

"- Maudit les mots de n'être pas musique
maudits les sons de n'être pas harpège des corps
maudits les corps d'être traitres au diapason des mots"
j'ai crié - on absente - signé: on absente.


***


Vraie Lilith, fausse vivante, combien
m'as tu trahis. Combien
bandellé dans les straps de ta langue brutalement ennemie,
tortilleuses fumerolles gluantes dans les bas-côtés chuintant
qui d'un coup ont bondi pour mordre en ta bouche les eaux claires
de ta gencive fraiche et l'infecter de marécages fétides:

à ce jeu sans puissance, vrai que
sans force tu fis de moi ton intime complice
plus aisément encore qu'entre tes cuisses
se dirigeait la tendresse de mon vouloir

puisque soudain ensorcelleuse ensorcellée
tu ne fis rien que changer bien pour mal, plaisir pour douleur
selon ce piteux sortilège impuissant de beauté:
depuis lors de vouloir je n'ai plus que celui d'endurer
- durcir - entends le à ton plaisir s'il t'en reste - mon supplice
puisque lui encore m'enjoint en toi de jouir
faute de toi, faute de nous, faute de joie.

Quatre lèvres qui sont deux
mêlant la langue souple et la dent dure —
quoi - rien - elles soufflent - ainsi souffle le vent —
quand il se fait multiple
à l'affront des hautes petites branches —
de loin le vent sur les marais d'ici.

Beaux marais de ces temps sueur de mes landes,
soufflez, soufflez encore, vent, soufflez, pluies
langues, soleils !
soufflez, montez, évaporez, allez !

***


Puis c'est la plage, la même, une autre -
puis c'est la plage, la même, une autre -
déserte à en devenir grève -
déserte à en devenir grève -
Où l'hiver passe - il grince dans ses gonds de vent -
à n'en pas finir de ne pas être été.

L'hivers bagué de sables
l'hivers bagué de sables
aux fossettes des algues -
l'encercle où s'affaissa son pas
son pas et son genou.

Orphée a posé son luth au seuil de la tombe hésitante
entre les signes gravés sur les ventres des nuits et des vents
pour en pincer le jour —
Elle — a bu le roux âcre, liqueur d'ancètres
chagrin, beauté des buées —
chagrin et beauté des buées.

Orphée s'est tû. Entre
les ventres des vents. Balbutiant
une rose tendue, mâchant la crinière
de ses vers, pour savoir.

( Il se tait. Orphée.
Ventres des vents.
Rose tendue. )

Rose tendue !